Mamadou Konté, un visionnaire

Parti de rien, malien naturalisé sénégalais, Mamadou a œuvré toute sa vie pour la reconnaissance des musiques africaines dans le monde. Ouvrier illettré immigré en France en 1965, il se lie aux étudiants d’extrême gauche qui lui apprennent à lire. En 1969, il mène les grèves de loyer dans les foyers de travailleurs immigrés.

En 1976, Mamadou organise son premier concert : un gala de soutien pour l’amélioration des conditions de vie dans les foyers d’immigrés africains. Le premier Festival Africa Fête, à l’Hippodrome de Pantin, en 1978, fut un véritable électrochoc, en réunissant une dizaine de milliers de spectateurs. La programmation s’appuie sur la notoriété de chanteurs français engagés (Béranger, Lavilliers, Nougaro…) pour faire découvrir les musiques africaines à un plus large public. Avec les années 80 et l’entrée des musiques africaines dans l’industrie phonographique, toujours porté par sa vision humaniste et panafricaine, Mamadou se mue en entrepreneur culturel, tout à fois découvreur de talents, manager et agent, organisant toujours, contre vents et marées, son festival annuel à Paris.

En 1990, il rencontre Chris Blackwell, le légendaire patron d’Island Records (Bob Marley), qui est convaincu que les sons du futur viendront d’Afrique. En 1993, il lance la première édition américaine d’Africa Fête, qui devient un grand festival itinérant.

En 1993 à Dakar, Mamadou Konté produit un concert géant « Africa Fête de la Musique » au Stade Demba Diop : 45 000 spectateurs vibrent alors jusqu’à l’aube devant Mc Solaar, Positive Black Soul, Youssou Ndour, Baaba Maal, Omar Pene, Sekouba Bambino… Mamadou Konté décide alors de donner à son action une nouvelle orientation : il s’établit à Dakar, ouvre le Centre Culturel Tringa, qui devient un outil de formation aux métiers de la musique et une scène ouverte aux nouveaux talents.

La principale ambition de Mamadou et de son équipe est dès lors de prouver par l’exemple que le secteur musical participe activement au développement économique des pays africains et génère de nombreux emplois, qu’il s’évertue à rendre formels. Depuis toujours son objectif est collectif. Dès lors, il s’emploie à jeter les bases d’un système d’économie culturelle viable pour les musiques et les artistes en Afrique. L’initiative se concrétise avec la création du festival Africa Fête au Sénégal, puis du Bureau export des musiques africaines (Bema).

Découvrez la vidéo d’hommage à Mamadou réalisée par Zoé Parisot

LE LIVRE “MAMADOU M’A DIT”
Les luttes des foyers, Révolution Afrique, Africa Fête

Le fondateur d’Africa Fête, Mamadou Konté, est mort à l’âge de 59 ans le 20 juin 2007. Il était « le Mamadou » de la fameuse chanson de François Béranger : Mamadou m’a dit… Il a été l’organisateur dès les années 1980 des concerts d’Africa Fête en France, en Afrique et aux États-Unis, dont l’engouement tient autant à la musique qu’au sens politique que Mamadou a toujours revendiqué.

Très peu de gens connaissent cependant son engagement, sous le pseudonyme de Matthieu, dans les luttes des ouvriers immigrés de la France des années 1970. C’est ce parcours méconnu de Mamadou et de ses camarades, au travers de la longue expérience collective du groupe « Révolution Afrique », vécue de 1969 à 1982, que ce livre révèle. Les luttes d’une génération de travailleurs africains en France y sont restituées.

L’auteur, Gilles de Staal, connu sous le pseudonyme militant de Harpo, est artiste peintre et a été l’un des fondateurs de l’hebdomadaire Politis. Il a rencontré Mamadou Konté en 1969. Ils avaient l’un et l’autre 21 ans, et ils ne se sont plus séparés durant treize ans. C’est ensemble qu’ils créèrent les premières organisations de luttes dans les foyers, puis « Révolution Afrique », c’est ensemble, qu’en janvier 1978, ils « inventèrent » Africa Fête.

Pour en savoir plus ou se le procurer, le livre est sur les événements organisés par Africa Fête et chez l’éditeur Syllepse : www.syllepse.net