L’AME d’Africa Fête a un grand corps dégingandé, la peau noire et une ténacité à toute épreuve. Elle s’appelle Mamadou Konte. Ce dernier à inspiré à François Béranger la chanson « Mamadou m’a dit ». Il n’a que faire d’une nationalité. Il est africain. Ici, on le traite d’immigré. Il a débarqué sur notre sol en 1965. Travailleur à la chaîne, militant syndical, il a participé aux grèves ouvrières, à celles des foyers Sonacotra et à celles des sans-papiers. En 1978, tandis que Stoléru cherche à virer les étrangers, Mamadou organise le premier concert Africa Fête pour faire connaître la culture de son continent. La vague world music est lancée. Africa Fête révèle des artistes devenus, depuis, des vedettes mondiales : Youssou N’Dour, Xalam Salif, Keita, Alpha Blondy...
Courez donc à l’édition 1994, samedi, au Hot Brass, à Paris. Vous y découvrirez sûrement quelque graine de star. N’oubliez pas que, lorsque, en 1983, Africa Fête a programmé Youssou N’Dour le chanteur sénégalais n’était connu que des immigrés. Vendredi soir, de 20 h 30 à l’aube, c’était un « posse » parrainé par MC Solaar : venu de Dakar, le Positive Black Soul (voir « l’Huma » du 20 avril 1994), dont le rap-ragga mordant tire à rimes rouges sur les maux de la société africaine
corruptions, loto... Jeune et prometteur aussi, le posse qui arrive de Martinique, Métal Sound, propose un ragga créole aux textes épicés de contestation et au groove ondoyant. « Y’en a marre de ce système qui nous rend complètement dingues », chante-t-il dans son second album, « Métal Sound » (Déclic-Blue Silver), auquel a participé Ibis, le pianiste d’Alpha Blondy. « Après l’école, un jeune même diplômé,/ Son désir est de pouvoir travailler,/ Mais sur sa route des obstacles seront dressés. »
Ce soir et toute la nuit, les étoiles des foyers africains égrèneront rythmes et mélodies mandingues : Mama Keita (ex-choriste de Salif Keita), la griotte Diaou Kouyate... Cuisiniers et ouvriers dans le bâtiment, les membres du groupe Soninkara évoquent, au fil de mélopées, le labeur et la douleur du travailleur émigré, mais aussi son espérance. Au fait, Africa Fête 1994 est sous-titré « les envahisseurs », par allusion aux angoisses de Giscard d’Estaing. « Envahisseurs pour la tolérance et pour la paix », rétorque Mamadou, sourire en coin.
Africa Fête : 42.00.14.14 ; FNAC, Virgin Megastore, etc. ; 100 francs. Compilation « Africa Fête » (Mango/Island).
FARA C.